15/06/2009

Cherche à me souvenir du 11 juin

Le voyage du 11 juin (avec une copine dont je tairai le nom) avec des petits vieux s’est bien passé. Le parcours en train touristique, un vrai train, pas un tracteur agricole à pneus déguisé en locomotive, avec de vrais rails d’époque pas soudés mais mis bout à bout, avec le vrai tagadam tagadam tagadam à chaque joint de rail. Impossible de dormir, impossible de se parler, impossible de résoudre un sudoku, le crayon se trompait de case tellement nous étions secoués. Voyage magnifique. Je le dis, le pète et le répète parce que je sais qu’un de mes potes, Michel, l’organisateur, va lire ce message et j’ai envie qu’il m’invite encore. Par la fenêtre du train on a vu des arbres, des arbres, des arbres. A un certain moment, le conducteur du train, le machiniste en langage ferroviaire, a annoncé : « Vous allez revivre et voir ce que voyaient les travailleurs qui, au début du siècle précédent, prenaient le train tôt, c’est-à-dire de nuit l’hiver et rentraient tard, c’est-à-dire dans le noir ». Revivre, peut-être mais voir, rien. Nous sommes entrés dans un tunnel de plus d’un demi-kilomètre, à un mètre près et le machiniste a éteint les loupiotes. Dans un tunnel ! Noir de chez noir. Pendant un demi-kilomètre parcouru à du dix à l’heure, tagadam, tagadam, tagadam. Faites le calcul. Je ne sais pas si des mains se sont perdues dans le noir mais, par précaution et, afin de garder ma copine, j’ai laissé les miennes dans mes poches. J’ai entendu des cris dans le noir. Incroyable l’effet d’un train dans un tunnel, sans lumière, sur la libido de petits vieux de quatre-vingt ans et plus. Un vrai spectacle son et lumière mais sans lumière. Après le train nous avons eu droit à une séance de musculation. Dans un bus sorti d’un musée. Et trop petit pour asseoir tout le monde. J’étais debout. Remonter le long du cours d’une rivière, en bus asthmatique, cramponné à deux barres verticales, avec le cul qui esquisse la danse des canards à chaque virage, coin coin, je me suis dit en moi-même ‘Et dire que j’ai payé pour ça’. Après 20 minutes de musculation des biceps dans la salle de body-building à roulettes je me suis mis à marcher en lacets, comme le cours de la rivière. J’ai du m’accrocher à un tilleul tricentenaire classé au patrimoine mondial du village. Vint ensuite le repas qui, il faut l‘avouer, était délicieux. Trois services : 1. Tartelette ardennaise OU Terrine de Pâté maison ; 2. Jambonneau rôti à la MOutarde OU TruiTE de la Lesse Cuite mEUnière ; 3. Glace MaisOn OU Crêpe de Campagne (sur le menu il y avait des majuscules un peu partout mais je ne sais plus où). Notre truc à ma copine et moi : nous avons demandé un plat de chaque sorte et nous avons partagé. De ce fait, j’ai mangé une demi-tartelette ardennaise, de la terrine de pâté maison, une demi-truite meunière, un demi-jambonneau à la moutarde, une demi-crêpe et une moitié d’une glace. Six plats pour le prix de trois ! En cette période de récession économique, ce n’est pas négligeable. Si j’avais participé à l’excursion seul je n’aurais pas pu le faire. Je vous laisse le truc sans droits d’auteur. Autre truc : j’ai envoyé ma copine aux toilettes pendant le Café et ses MiGnardises. Il faut dire que nous étions parmi les plus jeunes, ce qui me donnait une légère supériorité en matière de rapidité de fonctionnement des neurones. Parce qu’après il y avait visite guidée du village. D’accord, il faut associer le culturel à la bouffe mais, si l’organisation avait été parfaite, on nous aurait prévenu qu’il n’y avait que deux toilettes pour quatre-vingt petits vieux. C’est dingue le temps que ça prend, pour un petit vieux, de déboutonner sa braguette, de trouver où se cache son rince-patates, de viser dans le pot et de reboutonner le pantalon. Il y en a qui sont ressortis la braguette ouverte, à cause de la complexité des boutons. J’en ai vu deux qui avaient déboutonné leurs gilets, tenu leur cravate en main et pissé dans leur pantalon. Nous, nous étions déjà dehors, près du guide, un peu spécial avec son parapluie ouvert alors qu’il ne pleuvait pas. On nous a quand même prévenu qu’un léger retard dans l’horaire allait se produire parce qu’une des toilettes était réservée aux sans papier vu l’absence de rouleau de réserve. Quand on sait que vingt pourcent des petits vieux doivent faire leur « grande », ça allonge la file devant les toilettes. Le guide est resté sous son parapluie pendant que ma copine et moi avons fait trois fois le tour du village sans guide. N’ayant pas pris mes précautions durant le cAfé ET ses milliardiSes j’ai aidé des indigènes locaux en arrosant leur jardinière de fleurs assoiffées. Nous avons rejoint le groupe quant le guide expliquait « Aux fenêtres de l’étage supérieur, en vous penchant sur la gauche, vous pouvez distinguer des géraniums ». Ah, bon, des géraniums. Je n’ai pas perdu ma journée, je sais maintenant que les trucs qui pendouillent aux fenêtres s’appellent des géraniums. C’est beau, la culture. Après, c-à-d après être monté péniblement dans le car (nous, on est déjà dedans pour ne pas avoir à pousser des culs de petits vieux qui pètent d’avoir trop mangé et qui, pour avoir abusé des boissons gratuites comprises dans le prix de l’excursion, n’arrivent plus à compter les deux marches pour entrer dans le car) nous sommes allés visiter une brasserie où on cultive la bière. Avec l’autocar de l’époque de la pierre taillée (aujourd’hui je me pose encore la question de savoir comment nos ancêtres ont fait pour inventer le moteur alors que les sources de diesel n’étaient pas encore découvertes) nous avons rejoint la brasserie pour une visite obligatoire avant la dégustation gratuite pour les plus valides qui ne se sont pas égarés entre les cuves. Plus de cent marches, vers le haut et vers le bas ! Des marches en treillis métalliques. « Vous n’avancez plus, madame ? ». « Mes souliers à talon aiguille se sont plantés dans la marche en treillis et je n’arrive pas à les enlever ». « Vous devez aller pieds nus à l’étage en dessous et sucer les talons, ça les aidera à sortir ». « Mon bon monsieur, il y a vingt-deux ans que je suis veuve et que je n’ai plus sucé ». « Désolé, ma petite vieille mais on m’attend à la dégustation ». Personnellement, une visite de brasserie dans une excursion de petits vieux, c’est ce que je préfère.   Chaque fois que la serveuse passait, mon verre vide était déjà mis devant l’octogénaire à côté de moi. « Madame, ici, chez moi la chope, lui il ne peut pas, il a le diabète. Dommage pour lui, hein, une si bonne bière ». Après, je ne sais plus. Ni comment on m’a sorti de la brasserie ni comment je me suis retrouvé chez moi dormant tout habillé dans la baignoire. Quelle belle journée. Je cherche à reconstituer l’après-midi du 11 juin.

04/10/2008

Cherche un parasol doré

Les parachutes dorés, c’est horrible. Hop, coup de pied au cul de Maurice ou d’Herman et ils reçoivent plus de millions d’euros que moi en toute une vie. J’habite au cinquième. C’est vrai que j’aurais besoin d’un parachute quand j’arrose le bonzaï en été sur le balcon. Je me fiche de la couleur, pourvu qu’il s’ouvre. Pour le doré, je me contenterai d’un parapluie. Mieux, n’étant pas gourmand, je cherche un emploi chez un marchand de glaces qui pique des petits parasols dorés dans les boules.

21/08/2006

Cherche 273 ballons

Le gamin est chez sa mère. Pour ne pas m'ennuyer je suis allé donner un coup de main samedi à la fête du quartier. Comme je n'ai pas de compétence particulière ils m'ont mis au stand des lots de la tombola rapide. "Par ici, m'sieurs, dames, les beaux lots, tchikitchikitchik", "Allez, hop, doublez vos chances, prenez deux billets, tchikitchikitchic". "Venez gagner ce magnifique taille-haie électrique, tchikitchikitchic, il fonctionne, tchikitchikitchic". "Mesdames, que diriez-vous d'avoir ce couteau électrique géant, tchikitchikitchic, idéal pour découper du bison, de l'éléphant, des rondelles de cou de girafe, tchikitchikitchic". Je voulais absolument me défaire de cette saloperie de taille-haie qui prenait trop de place sur le stand et cachait les autres beaux lots : médailles de Lourdes, dés à coudre et autres paires de lacets. Alors je le faisais fonctionner et tournoyer, tchikitchikitchic, quand, distrait par la devanture d'une belle blonde, je n'ai pas vu le marchand de ballons qui était à côté, Ah ça, pour s'envoyer en l'air, ils se sont envoyés en l'air. D'un seul geste, athlétique et olympien, style cirque de Pékin à la tronçonneuse, j'ai tranché d'un coup involontaire et irréparable les 273 bouts de ficelle qui retenaient les ballons. J'ai voulu m'enfuir, profitant de ce que tout le monde regardait l'envol des ballons mais, pendant qu'ils s'envoyaient en l'air, j'ai pris mon pied. Mais je l'ai pris dans une allonge électrique qui alimentait le surgélateur du stand des crêmes glacées. On n'a vu le manque d'alimentation qu'en fin de journée, quand on n'a plus su distinguer fraise, pistache, vanille, chocolat. J'ai du acheter les 273 ballons et, le soir, les quinze litres de la défunte crême glacée. "Vous êtes notre meilleur client" a dit le responsable de la fête "Revenez demain, je vous donnerai une bon pour un tour en carousel". Je n'ai plus d'argent de poche pour mes vacances, juste de quoi m'offrir une sucette, ce que j'ai fait. Je cherche 273 ballons pour récupérer mon achat inutile.