05/09/2010

L'ami de Robert

« Salut, Robert ». « Saluuut ». « Ben dis donc, ce n’est pas la pèche, toi ». « Non ». « Tu sais, tu n’es pas le seul qui est à l’hosto. Sais-tu qui je viens de rencontrer ? ». «  Non, mais je vais le savoir ». «  Ton ami Francis ». « Francis, le ferrailleur, celui qui a une nana terrible, une spitante comme on dit chez nous, un corps de rêve habité par une jalouse ? ». « Oui, Robert. Il est méconnaissable ». « Ah, il a bronzé ? ». « Pire que ça, Robert. Tu connais la petite sirène ? ». « Pourquoi changes-tu de conversation ? ». « Robert, la petite sirène a un corps de femme et une queue de poisson, non ? ». « Oui, et les bouteilles de bière ont une capsule sur la tête. Alors ? ». « Quand tu vois Francis tu dirais un homme avec une tête de momie, tellement il a de bandages autour du crâne ». « Pauvre homme. En clinique. Sa femme doit lui manquer ». « En tous cas elle ne l’a pas raté ».

29/08/2010

Robert mastique

Quand je rends visite à mon collègue Robert à l’hosto pour une affaire de polype qui l’empêche de manger, je pense à Kiki. Kiki, c’est le hamster du gamin. Je n’ose pas le dire à Robert car il a déjà vu Kiki. Quand le gamin donne une pistache ou une noix d’acajou à Kiki, ça dure, ça dure. Il grignote, il grignote. Robert, c’est la même chose mais avec un centimètre cube de pain de mie. La vision de Kiki m’obsède. Hier soir, allant voir Robert, j’ai fait une boulette. Toc toc. Robert était en train de terminer le premier quart de sa tartine de midi. « Salut, Kiki ». « Monsieur, la section Alzheimer est au troisième étage ». « Heuuu. A demain ? ». « Oui, à demain ».

17/08/2010

La surprise de Robert

J’étais assis sur une chaise inconfortable, dos au mur, dans la chambre de Robert de qui je viens prendre des nouvelles à l’hosto le jour où on lui a fait Exploration du Monde par le pôle sud (le trou du cul pour les mal voyants). Robert venait de rentrer de son don à la science d’imageries médicales et était allongé. C’est alors que son voisin de chambre dit « Je viens de passer des tests pour le canal, le canal, le canal ». « Carpien » dit Robert qui connaissait l’emploi du temps de son compagnon de chambrée.  « Tu sais, c’est pour mon bras que je ne sens plus. On m’a placé des, des, des ». « Des électrodes » crie Robert, de plus en plus énervé. « Ecoute, Josette, ce sont des électrodes mais je te sonnerai plus tard quand l’autre sera endormi ». Robert n’avait pas vu que son voisin de chambrée téléphonait à quelqu’un. Moi : « Robert, ça va ? ». Lui : « Toi, pas un mot. D’où je suis et vu où tu es je ne te vois pas et je ne sais pas si c’est toi qui me parle ». « Heuuu. Bonne nuit, Robert ».

13/08/2010

Robert va peut-être guérir

« Salut, Robert, comment vas-tu ? ». « Je vais deux fois par jour ». « Ah bon ! Tu vas bien deux fois par jour ! Et le reste du temps comment vas-tu ? ». « Hé, tu ne voudrais quand même pas que je reste toute la journée sur le pot, non ? ». « Robert, quand je te demande comment vas-tu c’est pour savoir comment tu vas ». « J’y vais à pied, imbécile. Je ne vais quand même pas y aller à cheval ou à mobylette ».  « Robert, je ne te reconnais pas. Depuis que tu es à l’hosto tu ne dis que des conneries ». « Je le fais exprès ». « Et ça te sert à quoi ? ». « Tous les autres de l’étage sont moribonds. Alors les infirmières se disent pute pour savoir qui aura l’honneur de venir faire mes soins ». « Heuuu ».

01/08/2010

Robert à l'hosto

J’ai un ami, Robert Bouchez, qui n’avale plus rien, sauf du liquide. Déjà qu’il n’avalait pas facilement les couillonnades que je lui racontais, maintenant il n’avale plus la tarte aux pommes ni les magrets de canards. Quand il mange des frites il sait juste sucer la sauce andalouse. Un pot par portion de frites. Je lui ai offert un assortiment tartare, américaine, béarnaise. Et aussi un tuteur à tomates que j’ai scié en trois morceaux de vingt centimètres, histoire de ne pas gaspiller les portions de frites et d’avoir une sucette pour chaque pot. Ses poubelles débordent de frites. J’ai essayé de les ramener à la maison pour les manger le soir mais des frites froides ce n’est pas bon. En plus il les avait toutes léchées. Pire, il avait sucé toute la sauce.

31/07/2010

Robert

Il s’appelle Robert, c’est un collègue qui n’arrive plus jamais en retard  depuis que je crie « Salut, Robêêêrt » quand il arrive. En imitant une chèvre. Pourquoi pas ? Le chef, lui, on sait qu’il appelle sa secrétaire « ma poule ». Un jour  il a lâché « ma poule » devant nous, comme on lâche un gaz bruyant sans le savoir. Le cri du cœur. Depuis, quand le chef  est dans son bureau et qu’on parle de lui, on l’appelle « Cocorico ». Il y en a qui l’appelle « coco ricco siffredi » mais je ne sais pas pourquoi. Bref, depuis hier, plus de « Robêêêrt ». Il est à l’hosto. Il passe des examens. Pas pour devenir infirmier, pour son intérieur intime. Je vous raconterai tout.  A demain.