10/07/2010

Cherche d'où vient l'odeur

« Papa, ça pue dans la cuisine, ça sent les patates brûlées ». « Je sais, gamin, c’est l’eau des patates qui bout, qui déborde et qui se répand sur la cuisinière. La cuisinière chaude fait évaporer l’eau et brûle les bouts de patate qui se sont échappés lors de l’ébullition. C’est un phénomène naturel, gamin, comme le réchauffement climatique ». « Mais, papa, ça pue. Fais quelque chose ». « Ouvre la porte-fenêtre qui donne sur le balcon. Comme ça, gamin, si l’odeur de patates brûlées te dérange tu auras celle des gaz d’échappement. Tu y es habitué. Moi pas ». « C’est quoi tes odeurs préférées, papa ». « Heuuu, l’odeur du lait qui sort du pis de la vache, l’odeur de la lavande mais pas dans le savon ou le nettoyant pour la vaisselle, la vraie lavande qu’on trouve dans le parc communal. Mais, gamin, il faut bien choisir sa lavande. Celles du bord sentent le pipi de chien. Il faut marcher dans les parterres pour s’y vautrer à plat ventre et humer le Sud. Mais attention, gamin. Il ne faut pas bouger. Un jour, je m’étais allongé ventre contre terre dans le parterre de lavandes du parc, j’avais les jambes qui battaient de l’aile en l’air et je criais : ‘Ah, je jouis, je jouis, je jouis’ quand une patrouille de policiers qui surveillait les éventuels pédophiles à la sortie de l’école près du parc m’a pris en flagrant délit ». « Et alors, papa ? ». « Commissariat, gamin ». « Et alors, papa ? ». « Sauvé par une femme, gamin. La commissaire s’appelait Delphine et elle, elle a compris qu’un homme pouvait aimer les fleurs ». « Tu lui dis quoi, à cette madame Delphine, papa ». « Merci ».

30/01/2010

Cherche les carottes

« Gamin ». « Oui, papa ». « Gamin, où sont les carottes que je dois cuire pour le repas de midi ? ». « A l’école, papa ». « Quoi, des carottes à l’école. Elle se les met où ta maîtresse ? Elle se prend pour le tunnel sous la Manche ? ». « Papa, demain avec l’école on va visiter une ferme. Avec des veaux, vaches, cochons, couvées et des lapins. Madame a demandé d’apporter un peu de nourriture ». « Et tu trouves que quatre carottes c’est un peu de nourriture ! Gamin, c’étaient nos légumes pour deux jours ». « Papa, madame a dit que les agriculteurs vont de pis en pis et qu’il faut les aider ». « Avec les vaches peut-être, ils n’arrivent plus à faire leur beurre avec leur lait, mais avec des lapins ! Aller de pis en pis avec des lapins, non mais, on aura tout vu. Sais-tu que le pire mois pour les agriculteurs c'est le mois de février parce qu'ils n'ont que vingt-huit jours pour se plaindre. Tu dois rayer ces idées reçues d’une traite, gamin. Les agriculteurs, s’ils écossaient leurs petits pois, ils pourraient vendre des kilts et des plaids à carreaux ». « Papa, on mange quoi ce midi ? ». « Raviolis, gamin ». « Ah ». « Oui, et sans carotte dans la sauce ».