01/09/2010

Le plaisir de Robert

Robert, collègue et néanmoins ami, est hospitalisé pour une série d’examens vu sa grosse bouboule qui bloque sa tuyauterie. Je vais le voir tous les jours en faisant d’une pierre trois coups : je lui remonte son oreiller et son moral et je mange son repas du soir qu’il ne sait pas manger. « Robert, bonjour. Devine qui est là ». « C’est toi, idiot ». « Bravo, Robert, au moins tu as gardé la mémoire des noms ». « Robert ». « Oui ». « Robert, soyons sérieux ». « Oui ». « Robert, je viens te voir tous les soirs, j’arrive les mains vides et je repars le ventre plein. Dis-moi ce que tu souhaites ». « Je n’ose pas te le dire ». « Robert, voyons, pas de cachotterie entre nous. Je te vois en pyjama, hein, alors ? Dis-moi ce qui te ferais plaisir ». « Je n’ose pas ». « Robert, parle ou je débranche ta perfusion ». « Disons que, heu, ce qui me ferait plaisir c’est que tu viennes beaucoup moins souvent me voir ». « Ah ! Heuuu. Ah ! Ah bon. Tu préfèrerais que je vienne te voir tous les six mois ? ». « Dis, tu fais de l’humour ou tu penses que je serai encore ici dans six mois ? ». « Heuuu. A demain, Robert ».

26/08/2010

Le confort de Robert

Quel confort ! Petit déjeuner au lit, pression du pneu avant gauche au lit, repas de midi au lit, sudoku au lit, thermomètre au lit, sieste au lit, découverte de feuilletons débiles dont Robert ignorait l’existence (car Robert avait choisi une chambre d’agents doubles) au lit, repas du soir au lit, pipi caca à 60 cm, distance le séparant de la porte coulissante donnant accès au salon de toilettage d’où il peut entendre les gémissements de son partenaire vacancier en crise de constipation. Il lui rend l’appareil quand il entonne le début de la cinquième de Beethoven avec son instrument à vent. Robert peut faire un jogging à du 2,5 km/h en slalomant entre les promeneurs de perches à perfusion, les remorques à balais et à détergent et les armoires qui maintiennent tièdes les repas chauds et l’espace fumeur. Génial, l’espace fumeur. Pour l’oxygénation des poumons des fumeurs ceux-ci sont obligés de se fournir en oxygène naturel, dehors. Gros progrès de la médecine : le thermomètre ne se fiche plus dans le cul. On le met sous le bras et il fait bip bip quand on est cuit à point.

25/08/2010

Robert et les fleurs

Visite difficile à rendre à mon collègue Robert, hospitalisé depuis longtemps pour des examens qu’il n’arrive pas à réussir. « Robert, coucou, c’est moi, tirelirelire tirelirela, coucou, coucou, coucou, coucou, coucou, il est cinq heures, l’heure des visites ». « Ha, c’est encore toi ! ». « Oui, Robert, et aujourd’hui je viens en cachette ». « Ah ! Tu ne viens donc pas me bouffer mon repas du soir ? ». « Vois-tu, Robert, ton absence au bureau fait qu’on se pose des questions. Parce qu’on sait que tu aimes les fleurs ». « Ben, il a plu, ça devrait aller. Et puis qui vois-tu qui viendrait arroser mon jardin ? ». « Personne, Robert. Personne n’a parlé d’aller arroser ton jardin. On a parlé de tes préférences florales ». « Tu sais bien que j’aime toutes les fleurs ». « Robert, je t’ai dit que je venais en cachette, en espion en quelque sorte, de la part du bureau qui connait ma discrétion et m’a demandé de te parler avec toi de fleurs avec tact. Que préfères-tu ? ». « J’aime toutes les fleurs ». « Robert, la question est : es-tu plus gerbe ou couronne ? ». « A demain ». « Heuuu ».

10/08/2010

Pèlerinage chez Robert

C’est comme qui dirait un pèlerinage. Je suis encore allé voir Robert, hospitalisé à cause de son régime liquide occasionné par un Hyppolite coincé dans un noeusophage. Etymologiquement je n’ai pas compris car les « phages » sont ceux qui mangent, comme les sarkophages sont ceux qui bouffent du Sarkozy. Donc son nœud aurait du être bouffé depuis longtemps. Ou alors c’est un nœud marin. Il ne peut avaler que du liquide et, pour ne pas qu’il soit triste, je vais le voir à l’heure du repas et je mange tout ce qui est solide sauf les fromages frais, les flans au caramel, les yaourts colorés à la fraise et les crèmes glacées. Pour l’encourager je lui dis : « Robert, tu ne dois pas te plaindre, c’est toi qui manges le meilleur ».

 

Les aventures de Robert ont commencé le 31.07.10

09/08/2010

Les repas de Robert

Je rends visite tous les jours à Robert Bouchez, hospitalisé pour sa tuyauterie. J’y vais pour Robert. Enfin, c’est ce que je lui dis. Car j’y vais à l’heure du repas du soir. « Salut, Robert. Alors, comment vas-tu ? ». « Bof, toujours le même ». « Ah non, hein, Robert. Moi, je trouve que tu as encore maigri ». « C’est ça qui est grave, à cause des soupes ». « Mais non, Robert. Je peux te le dire aujourd’hui. Les filles, au bureau, disent toutes : Robert, qu’il est gentil mais quel boudin. Maigre comme tu es on ne pourra plus te traiter de gros plein de soupe, hein, Robert. Souris, Robert. Tu dois bouger. Fais de la gymnastique faciale ». « Mais regarde ce qu’on me met sous le nez : du bœuf mironton haché, de la poularde hachée, du steak haché haché ». « Robert, tu es un ami, pour ne plus que tu voies ça je vais le manger. Et aussi le flan caramel ». « Ah non, pas le flan caramel, il n’y a que ça que j’arrive à avaler ». « Heuuu ».

30/01/2010

Cherche les carottes

« Gamin ». « Oui, papa ». « Gamin, où sont les carottes que je dois cuire pour le repas de midi ? ». « A l’école, papa ». « Quoi, des carottes à l’école. Elle se les met où ta maîtresse ? Elle se prend pour le tunnel sous la Manche ? ». « Papa, demain avec l’école on va visiter une ferme. Avec des veaux, vaches, cochons, couvées et des lapins. Madame a demandé d’apporter un peu de nourriture ». « Et tu trouves que quatre carottes c’est un peu de nourriture ! Gamin, c’étaient nos légumes pour deux jours ». « Papa, madame a dit que les agriculteurs vont de pis en pis et qu’il faut les aider ». « Avec les vaches peut-être, ils n’arrivent plus à faire leur beurre avec leur lait, mais avec des lapins ! Aller de pis en pis avec des lapins, non mais, on aura tout vu. Sais-tu que le pire mois pour les agriculteurs c'est le mois de février parce qu'ils n'ont que vingt-huit jours pour se plaindre. Tu dois rayer ces idées reçues d’une traite, gamin. Les agriculteurs, s’ils écossaient leurs petits pois, ils pourraient vendre des kilts et des plaids à carreaux ». « Papa, on mange quoi ce midi ? ». « Raviolis, gamin ». « Ah ». « Oui, et sans carotte dans la sauce ».

04/08/2009

Récit d'un ketchup 9

« Madame ou mademoiselle l’infirmière couleur neige, est-ce que j’aurai à manger ? ». « Après, monsieur. Vous aurez des filets de sole ou du jambon ou des crêpes ». « Ah ! C’est spécial comme repas, ça ». « Ce ne sont que des choses qu’on sait vous passer par en dessous de la porte, au cas où vous seriez contagieux ». « Heuuu ».   

21/09/2006

Cherche à être absent (5)

Bientôt la fin de mes vacances d'un jour en car de luxe avec boulettes gratuites et démonstration. 15 h 30, la demi-heure prévue pour le repas est terminée. Retour au car. 15 h 45, il manque encore 8 petits vieux, ils sont callés dans la file pour les toilettes. Tant pis, ils ne mangeront pas. Ce n'est pas grave, les petits vieux ont toujours un sac plein de en-cas avec eux. Comme j'étais turbulent à cause de la présence d'une seule boulette dans mon assiette en carton, j'ai reçu deux vieux seaux à mayonnaise remplis de boulettes, sans doute celles des dizaines de petits vieux coincés dans les embouteillages pour le WC. 16 h 15, départ pour l'autre demi-tour de ville promis dans le programme."Hé, ho, c'est le même que ce matin mais dans l'autre sens". "Monsieur, rassurez-vous, nous allons arriver pour la démonstration. Chers amis, bientôt une surprise ex - tra - or - di - naire : des moules". "Des moules, il y en a assez dans le car". Le choeur des petits vieux : "Oooooh, honteux". "Mais c'est pour rire, bande de ruines". J'ai évité un coup de canne de justesse, je me suis fait tout petit, je ne voyais plus par la fenêtre du car. M'en fous, c'était le même trajet qu'à l'aller. J'étais tout recroquevillé mais heureux. Je pensais déjà à la tête du gamin quand il verrait les boulettes.