27/05/2009

Cherche à prendre mon pied

Hier j’ai pris mon pied. Dans une souche d’arbre en allant vider ma vessie près d’une route. Pendant que j’admirais de près le sol wallon jonché de canettes, d’emballages vides ayant contenu des bonbons ou des barres chocolatées, de sacs pleins dont on pouvait dire à l’odeur qu’ils ne dataient pas d’hier, je me suis dit : « Toi, tu viens de prendre ton pied ». A quoi je me répondis : « Pourquoi donc ne prendre qu’un seul pied ? Le plaisir serait-il réservé aux unijambistes ? Pendant qu’une herbe folle agitée par un petit vent, pas de moi, hein, le vent, me taquinait la narine gauche, je pensais au cul-de-jatte qui ne prend jamais son pied et qui ne trouve jamais la bonne pointure dans un magasin de chaussures. Que dire de son chien à qui il crie « Médor, au pied ». Au fond, il n’y a pas que des lampadaires dans la vie, il y a aussi des lampes de chevet. Chacun a son utilité. Si j’achète un lampadaire pour ma table de chevet je vais devoir trouer le plafond. Et ce sont les gens du sixième étage qui profiteront de ma lumière. Au sixième, ce sont de jeunes mariés. Ils prennent souvent leur pied. Je l’imagine d’ici, par terre, à deux mètres de la route, elle, dans leur chambre, dire à son mari : « Chéri, as-tu mis de l’engrais sur la moquette ? Il y a une lampe de chevet qui pousse. Je ne trouve pas l’interrupteur et ça m’empêche de dormir ». « Dévisse l’ampoule ». « Oui, mon chéri que j’adore ». Sur ces bonnes paroles je me suis endormi. Ce sont des policiers de la brigade de la route qui m’ont secoué : « Monsieur, réveillez-vous. Si vous preniez votre pied avec une dame, il y a longtemps qu’elle est partie ».   

21/05/2009

Cherche le dénouement

Je ne dors plus. On m’annonce que je dois être mûr pour enlever le plâtre. J’ai peur d’un massacre à la tronçonneuse. Je n’en ai pas mais j’ai déjà vu une tronçonneuse. Si j’éternue pendant le spectacle je serai transformé en rondelles, en carpaccio sans le parmesan, la roquette et le vinaigre balsamique. Mon Dieu, c’est ma dernière volonté : j’ai envie d’un carpaccio, un vrai. Un carpaccio en entrée. Après, un américain (steak tartare pour les français) frites mayonnaise. Trou normand à l’Eau de Villée et, ensuite, puisqu’il faut manger du poisson pour le phosphore, douze cuisses de grenouilles à l’ail. Attention : pas douze fois une cuisse mais douze fois deux cuisses. Pas des cuisses de grenouilles unijambistes. Une grenouille unijambiste ça tourne en rond, dzoing, dzoing, dzoing, comme moi quand j’essaye de me gratter avec mon plâtre à gauche quand ça chatouille au cou du côté droit. J’a dit au cou mais ailleurs c’est le même. Seigneur, j’ai honte de vous embêter avec mes petites histoires. C’est pourquoi je vous laisse le choix du dessert, avec une petite préférence pour une crème glacée à la vraie vanille surmontée d’un bon chocolat belge. Mon Dieu, le dénouement est proche. Donnez-moi la force de ne pas éternuer pendant la tronçonneuse.